– Fiche technique –

Superficie plantée : 8,5 hectares
Densité de plantation : 6 600 pieds/hectare
Age moyen des vignes : 30 ans
Encépagement : 90% Merlot – 10% Cabernet Franc
Type de sols : Sable & Argile
Rendement : 32 hl/ha

Pratiques culturales :

  • Lutte raisonnée
  • Travail vigne exclusivement manuel
  • Désherbage mécanique

Taille : Double Cordon et double Guyot
Vendanges : 100% manuelles
Dates de vendanges : 6 au 10 octobre 2014

Type de cuves : Inox thermo régulée, de 30hl à 127hl – Travail en gravité
Durée de cuvaison : 30 à 35 jours
Méthodes de vinification : Macération et fermentation douces et lentes par remontage Malo lactique en barrique
Elevage en barrique : 100% barriques neuves Radoux Blend
Durée Elevage : 21 mois
Production : 33 000 bouteilles
Date de mise en bouteilles : 2 mai 2017
Degré : % vol. Alc 13,5

Conseil en vigne et vin Louis Mitjavile

PDF Millésime 2014

Nicolas Roerich
Et nous travaillons (1921-1922)

C’est une des six toiles de la série « Sancta » réalisée pendant le voyage du peintre aux États-Unis. Chaque tableau illustre des points principaux de l’enseignement de Saint Serge de Radonège (XIVe siècle), guide spirituel et inspirateur des moines russes. En recréant des scènes de vie des saints, Roerich nous montre la beauté du monde intérieur de l’homme et nous parle en langue imagée des horizons de l’ascèse spirituelle.

Sur une toile remplie de lumière dorée des moines descendent vers la rivière pour prendre de l’eau. Leur travail assidu est bien simple mais symbolique : l’action physique ouvre la voie au développement spirituel. Une rivière sinueuse et ondulante, des silhouettes courbées de moines et des palanches arquées trouvent leurs échos dans des formes bossues des collines. Le rythme de ces éléments donne au tableau un aspect léger et mystérieux, évoque chez le spectateur une sensation d’harmonie et de calme atteignable grâce au travail quotidien. La métaphore de Roerich est bien simple : la vraie valeur du travail réside dans le perfectionnement moral et spirituel de l’homme. C’est Roerich-philosophe qui se manifeste à travers des peintures pareilles.

Nicolas Roerich (1874-1947) est une des plus grandes figures de la culture russe du XXe siècle. Peintre, philosophe, mystique, écrivain, explorateur, archéologue, homme public. Au cours de sa vie, il réalisa quelque 7 000 peintures et écrivit environ 30 volumes d’œuvres littéraires. Nicholas Roerich est l’auteur et l’initiateur du pacte Roerich, fondateur de mouvements culturels internationaux « Monde à travers la culture » et « Bannière de la Paix », chevalier de plusieurs décorations russes et internationales. À partir de 1917, il vécut en émigration. Il organisa des expéditions vers l’Asie Centrale et la Mandchourie, fonda l’institut de recherche sur les Himalaya Urusvati et plus d’une dizaine d’organisations et d’associations culturelles et éducatives dans des pays différents. À partir des années 1920 des musées et des sociétés Roerich sont créés partout dans le monde. Des communautés des partisans de sa doctrine philosophique et religieuse « Étique vivante » (Agni-yoga) apparaissent. Les idées de Roerich influencèrent énormément l’établissement et le développement du mouvement New-Age en Russie.

Valentin Sérov
L’Enlèvement d’Europe (1910)

Valentin Sérov est un des portraitistes russes les plus connus. Son premier professeur fut Karl Koepping à Munich, ensuite pendant de nombreuses années il fut élève d’Ilia Répine, grand peintre russe. C’est grâce à ce dernier qu’âgé de quinze ans seulement Valentin Sérov fut admis à l’Académie impériale des beaux-arts. À 22 ans il créa sa fameuse Jeune Fille aux pêches et devint par la suite un des artistes russes les plus populaires. Au salon de Rome en 1911 ses toiles reçurent la plus haute distinction, preuve d’expertise artistique d’envergure européenne. Il mourut brusquement à 46 ans à cause de la crise cardiaque, laissant quelque deux cents œuvres inégalées.

L’enlèvement d’Europe est une de ses dernières peintures. Cette histoire de la mythologie grecque est très populaire dans le milieu artistique. Zeus tomba amoureux d’Europe, fille du roi phénicien Agénor, et se présenta devant elle métamorphosé en taureau. Malin, il attira la princesse sur son dos et la transporta à l’île de Crète où elle devint son épouse. De leur union naquirent trois fils-héros. Titien, Paolo Véronèse, Rembrandt, Guido Reni, Claude Gellé le Lorrain, François Boucher, Gustave Moreau, Francesco Albani, Nicolaes Berchem, Luca Giordano et bien d’autres artistes trouvèrent leur inspiration dans ce mythe.

Sérov eut l’idée de créer ce grand tableau en 1907 pendant son voyage en Grèce. Sa réalisation de la scène d’enlèvement s’éloigne pourtant des canons académiques : il utilise des stylisations si caractéristiques de la perception esthétique du moderne. La ligne d’horizon élevé, le dynamisme de la scène est souligné par une composition en diagonal, avec des silhouettes du taureau et des dauphins élancés pour encore plus de mouvement. Des vagues, des dauphins plongeants, Europe elle-même sur le dos du monstre énorme sont dessinés sans trop de détails, dans une technique symbolique et hautement décorative. Toutes les couleurs sont vives et saturées. Les critiques disent que le choix des couleurs du tableau a été grandement influencé par les fresques antiques que Sérov a étudiées sur l’île de Crète.

Fiodor Réchetnikov
Encore des mauvaises notes (1948-1949)

Il n’y avait personne dans l’Union Soviétique qui n’ait pas vu cette toile de Fiodor Réchetnikov. Il est vrai que son sujet est étroitement lié à la vie scolaire, donc aux leçons de la langue russe tous les élèves soviétiques durent un jour écrire une composition sur le tableau. Il a même inspiré un dessin animé : Mourzilka, un personnage imaginaire, apprend que le protagoniste malheureux a reçu une mauvaise note pour la géographie ; ils partent ensemble en voyage au pôle Nord, aidés par un globe terrestre magique.

Au début l’artiste voulut dessiner un bon élève. Il alla dans une école de Moscou à la recherche d’un prototype. Tandis qu’il assistait au cours en crayonnant des esquisses, il observa un garçon tout à fait démoralisé, incapable de trouver la solution d’un problème peu compliqué. C’est ainsi que l’idée de ce tableau apparut. La scène devait se dérouler à l’école avec le garçon et son institutrice au premier plan. Mais les premières esquisses semblèrent assez ennuyeuses et il a transféré la scène dans l’atmosphère typique d’une maison soviétique. Ainsi naquit cette histoire d’un mauvais élève, patins à glace dans son cartable, de sa mère déçue, de sa stricte sœur et du chien fidèle qui ne comprend pas la tristesse de son maître. Réchetnikov créa un nombre incroyable d’esquisses et d’études. Il était très attentif aux détails, travaillait avec soin sur les caractères des personnages, alignait la composition afin de rendre la scène sincère, vive et émotionnelle.

Fiodor Réchetnikov (1906-1988), nommé Artiste du Peuple de l’URSS, deux fois lauréat du prix Staline, orné de plusieurs décorations, était connu pour ses œuvres de genre académiques et les portraits de ses contemporains. Issu d’une famille de peintre d’icônes, orphelin très tôt, il termina à la fin des années 1920 l’école pour jeunes travailleurs (des écoles pareilles furent créées à l’aube de l’époque soviétique pour donner accès aux jeunes travailleurs aux études scolaires), ensuite il obtint le diplôme de l’Institut supérieur d’études techniques et artistiques de Moscou. Connu surtout pour ses peintures de chevalet, il laissa d’excellents dessins et caricatures.

Nikolaï Féchine
Les Marguerites (années 1930)

Nikolaï Ivanovitch Féchine naquit en 1881 dans l’Empire russe et mourut aux États-Unis en 1955. En Russie il est connu comme un représentant brillant de l’école de Kazan, aux États-Unis on le considère comme un peintre national américain. C’est un peintre, dessinateur, sculpteur et graveur, qui travaillait dans les techniques impressionniste et moderne.

Fils d’un graveur d’iconostases de Kazan, Féchine étudia à l’atelier de Répine de l’Académie impériale des beaux-arts à Saint-Pétersbourg et devint par la suite directeur de l’école des beaux-arts de Kazan qui porte aujourd’hui son nom. Ayant reçu une formation académique très sérieuse, Féchine développa très tôt son propre style qui réunit la maîtrise impeccable de toutes les techniques artistiques et une habileté unique dans l’emploi des couleurs. Il fut vite reconnu en Europe : à partir de 1910 et jusqu’au début de la Première Guerre mondiale ses travaux furent régulièrement exposés aux salons de Rome, de Munich, de Venise et d’Amsterdam. Incapable d’accepter la révolution d’Octobre, il partit en 1923 pour les États-Unis. Sa première exposition personnelle à l’institut des beaux-arts de Chicago eut un grand succès et lui attira des clients, marquant le début d’un long et fructueux parcours artistique. Il créa au total plus de deux mille toiles qui sont actuellement dans plus d’une trentaine de musées et de collections privées.

Ses natures mortes sont aussi appréciées que ses portraits, paysages et scènes de genre. Remplies de lumière et de contrastes, elles épatent le spectateur en répandant un flux d’énergie et de vives émotions. Les marguerites, créées dans les années 1930 sont un bel exemple de ce type de peintures.

Ilia Répine
Sadko dans le royaume subaquatique (1876)

« Et alors le roi des mers envoya une tempête pour chasser les navires du célèbre marchand Sadko, et qu’un sacrifice lui fût offert. Le célèbre marchand descendit dans les vagues et fut admis au festin subaquatique. Le roi des mers voulut donner à Sadko comme épouse une des belles princesses, mais celui-ci choisit une fille simple. Le marchand s’endormit après le grand repas de noces et se retrouva à son réveil dans sa ville natale de Novgorod ». Cette ancienne chanson sur Sadko, marchand de Novgorod, qui date du XIIe siècle est un bel exemple de la poésie populaire épique russe qui nous reste de cette époque lointaine.

Ilia Répine (1844-1930), un des principaux représentants du réalisme russe, choisit le moment quand Sadko sur l’ordre du roi des mers, choisissait pour épouse une de ses princesses. Des beautés extraordinaires vêtues de meilleurs costumes ethniques des pays différents apparaissent des eaux verdâtres pour défiler devant Sadko. Le marchand regarde pourtant une fille habillée d’une robe de paysanne russe et qui se tient à l’écart. Et tout cela se passe dans le monde subaquatique merveilleux.

Ce tableau d’inspiration mythologique est assez atypique pour l’artiste, connu surtout pour ses représentations historiques, portraits des contemporains et scènes de vie russe de la fin du XIXe – début du XXe siècle. Viktor Vasnetsov, peintre, qui plus tard deviendrait célèbre pour ses toiles inspirées de contes de fées russes, servit de modèle pour le personnage de Sadko. Aspirant à une authenticité absolue, Répine, adepte du réalisme, étudia des atlas de la vie marine et même partit visiter l’aquarium de Berlin. Mais le tableau affiche clairement des éléments du symbolisme et du nouveau style artistique. Plus tard, c’est cette toile de Répine qui inspirera les scénaristes pour mettre en scène l’opéra éponyme de Nikolaï Rimski-Korsakov.

Le tableau fut exposé pour la première fois au salon de Paris en 1876, mais sans trop de succès. Par contre, en Russie il devint célèbre : c’est grâce à ce chef-d’œuvre que Ilia Répine reçut le titre d’académicien de l’Académie impériale des beaux-arts où dix-huit ans plus tard il allait diriger l’atelier de peinture et former Philippe Maliavine, Ivan Bilibine, Nikolaï Féchine, Valentin Sérov et bien d’autres grands peintres russes.

Philippe Maliavine
Les Camarades (1893)

Philippe Andreïevitch Maliavine (1869-1940) est sans doute un représentant remarquable de la peinture de genre russe de la fin du XIXe – début du XXe siècle. Et cela n’est pas dû seulement à son talent incontestable, ni à sa passion pour les couleurs écarlates qui fascinent les spectateurs. Maliavine est le seul peintre russe qui sut sentir et transmettre cet élément populaire qui n’avait jamais été touché par la civilisation : le tempérament, la spontanéité, la beauté et le côté enfant des moujiks et des femmes russes, qui composaient la majorité de la population au tournant du siècle. Les Camarades est un exemple de ce type de tableaux.

Issu du milieu paysan, il fut novice dans le monastère sur le mont Athos. Une rencontre fortuite avec le sculpteur Beklmemichev, bouleversé par ses peintures ecclésiastiques, changea la vie du jeune homme. Âgé de vingt-trois ans, sans formation ni argent mais doté d’un talent apparent, il fut admis comme étudiant libre à l’Académie impériale des beaux-arts. Depuis le début ce sont les sujets de la vie paysanne qui l’intéressaient particulièrement. Son travail de fin d’études, une représentation de cinq paysannes en robes écarlates éclatant de rire, fut décliné par le conseil artistique comme privé d’idée créative, mais applaudi avec enthousiasme par le grand public à l’Exposition universelle de Paris de 1900 : l’Éclat de rire fit sensation, obtint la médaille d’or et fut acheté pour le musée d’art contemporain de Venise. Les journaux français se faisaient compétition pour complimenter la force du tempérament du jeune peintre. De simples paysans russes, des couleurs écarlates et ardents devinrent sa marque distinctive. Ses nombreuses toiles et dessins se trouvent majoritairement dans des musées et collections privées à l’étranger.

Vladimir Sérov
Vladimir Lenin proclame le pouvoir soviétique (aux alentours de 1952)

Vladimir Aleksandrovitch Sérov (1910-1968) est un représentant remarquable du réalisme socialiste dans la peinture, auteur d’une série de tableaux sur Vladimir Oulianov (Lénine), leader de la révolution russe et fondateur de l’URSS.

Peintre d’un grand talent, à un style personnel reconnaissable, artiste remarquable de l’école de Léningrade, Sérov reçut une excellente éducation académique. Il est célèbre surtout grâce à ses tableaux sur des sujets historiques et révolutionnaires. Ces autres créations, des paysages et des portraits, sont moins connues mais à leur tour font preuve d’un grand talent, aussi bien que ses belles illustrations des œuvres de Pouchkine, de Tolstoï et de Nekrassov.

Vladimir Lenin proclame le pouvoir soviétique trouva crédit auprès du public soviétique et devint une des créations majeures de Sérov. C’est pour cette peinture que l’artiste obtint en 1948 le prix Staline. Les critiques notèrent que le tableau démontre l’unité du leadeur de la révolution russe et du peuple, le lien indéfectible entre le peuple et le parti. Lénine, à la tribune du Deuxième Congrès des Soviets de Russie, proclame au peuple la victoire de la révolution socialiste. Son discours provoque de fortes émotions dans les cœurs des soldats, des matelots et des paysans, réunis dans la salle de spectacles de Smolny. Cet historique Deuxième Congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie se tint à Saint-Pétersbourg le 25 octobre 1917. C’est alors que la Russie fut proclamée République soviétique des députés ouvriers, soldats et paysans et le programme du pouvoir des soviets fut formulé.

La première version fut créée par Sérov en 1947. Parmi les membres du premier gouvernement soviétique il dessina Joseph Staline, Félix Dzerjinski et Yakov Sverdlov. Plus tard, après la mort de Staline et la condamnation de sa politique, le peintre créa une deuxième version ou il remplaça les leaders déchus par des ouvriers et des soldats.

Viktor Vasnetsov
Les Bogatyrs (1881-1898)

Le peintre russe Viktor Vasnetsov (1848-1926) mit presque trente ans de sa vie pour créer ce chef-d’œuvre. Les trois bogatyrs, grands héros des poèmes folkloriques, protecteurs et gardiens du peuple russe, Ilya Mouromets, Aliocha Popovitch et Dobrynia Nikititch, se sont arrêtés au milieu d’un champ, sur les confins des terres russes.

C’est Ilya Mouromets qui est au centre. Puissant et vigoureux, ce bogatyr est si fort qu’il semble ne pas sentir le poids de la lourde massue suspendue à sa main portée au front. Cette force remarquable, il la combine miraculeusement avec la grandeur d’âme et une générosité de cœur pour les autres. Ilya Mouromets est un personnage historique, les poèmes folkloriques qui chantent ses exploits extraordinaires reflètent donc une vie bien réelle. Plus tard il devint moine dans la Laure des Grottes de Kiev et figure maintenant parmi les saints orthodoxes. Ivan Petrov, simple paysan, homme grand et fort à cœur ouvert et généreux, servit à Vasnetsov comme modèle pour Ilya Mouromets.

À main droite d’Ilya on voit le vaillant Dobrynia Nikititch. Toujours prêt à protéger sa terre natale, il tient dans sa main une épée déjà à moitié sortie de son fourreau. Sa poitrine affiche une croix d’or. Ainsi le peintre nous rappelle qu’il existe un lien entre ce héros et le chef de guerre légendaire de l’armée de Vladimir le Grand, prince de Kiev qui avait apporté la religion chrétienne dans les terres russes. L’image de Dobrynia est une représentation composite de la famille Vasnetsov : du peintre lui-même, de son oncle et de son frère. Ce n’est pas par hasard que les spécialistes d’art ont signalé la ressemblance entre ce bogatyr et l’artiste.

Aliocha Popovitch est le cadet des bogatyrs. C’est un jeune homme élégant, brave et adroit, capable de vaincre ses ennemies par la force, l’intelligence et parfois même par sa ruse. Sergueï Mamontov, fils de l’industriel et mécène Savva Mamontov, qui avait fait beaucoup pour soutenir l’art et les artistes russes à la fin du XIX et au début du XX siècle, prêta son image à Aliocha. Le peintre sut refléter sur la toile le caractère allègre et convivial de Sergueï.

À tout moment chaque bogatyr est prêt à défendre sa terre natale et les gens faibles. Les casques qu’ils portent sur leurs têtes ressemblent aux dômes d’églises orthodoxes et symbolisent la justesse de leurs intentions et leurs exploits réalisés pour le bien du peuple. Ils sont symboles des meilleures qualités dont les Russes sont fiers : courage, force d’esprit et amour pour la patrie.

Viktor Vasnetsov
Le Tapis volant (1880)

Viktor Mikhaïlovitch Vasnetsov est un des peintres russes les plus connus de la fin du XIXe – début du XXe siècle. Il fut le premier à trouver son inspiration dans des sujets folkloriques et mythologiques, persuadé que « contes de fées, chansons de geste, légendes, drames etc. reflètent le peuple dans son intégralité, ses apparences et ses aspirations, son passé, son présent et, qui sait, son avenir ».

Vasnetsov imagina le tapis volant d’un conte de fées populaire comme un énorme oiseau avec le dos courbé vers le haut et les ailes largement ouverts. Ivan Tsarévitch revient sur ce tapis volant de son voyage audacieux au bout du monde et remporte avec lui l’oiseau de feu magique capable de réaliser des vœux.

La toile fut initialement commandée à Vasnetsov par Savva Mamontov, grand industriel et mécène qui contribua énormément au développement de la peinture, de l’architecture et du théâtre russe à la fin du XIXe siècle. Des peintres différents séjournaient et travaillaient pendant de longues périodes dans la maison de Mamontov, qui souvent les aidait et les soutenait financièrement.

La peinture réalisée en 1880 est étonnamment persuasive. C’est l’incarnation du désir humain irrésistible pour voler, pour créer et pour vaincre. « Le tapis volant » est le premier parmi ses tableaux aux sujets mythologiques. L’artiste, âgé à l’époque de trente ans, choisit un sujet jusqu’alors inimaginable dans la peinture, pour exprimer le rêve du vol libre et pour donner à son œuvre des connotations poétiques. La toile causa bien des discussions et rendit son auteur célèbre. Vasnetsov est le fondateur du « style russe », courant à part à l’intérieur du symbolisme et du moderne paneuropéen. L’artiste transforma la peinture historique russe, en associant les motifs moyenâgeux à l’atmosphère émouvante de conte de fées poétique. Les mêmes principes du « style russe » furent appliqués par Vasnetsov dans l’architecture et le design : l’église de la Sainte Face à Abramtsevo (1881 – 1882) et la façade de la célèbre galerie Tretiakov (1906) furent réalisées d’après ses dessins et rappellent l’art russe ancien. Mais le point culminant dans la création monumentale et décorative de l’artiste, ce sont les fresques de la cathédrale Saint Vladimir de Kiev (1885 – 1896), en Ukraine. Là-bas, Vasnetsov se mit pour objectif de renouveler les traditions de l’icône byzantine et y apportant des motifs lyriques et du caractère.

Viktor Vasnetsov
Alionouchka (1881)

Viktor Vasnetsov, peintre de talent extraordinaire, est devenu célèbre grâce à sa série de tableaux inspirés par des contes de fées russes. L’illustration du conte « Alionouchka et Ivanouchka », créée en 1881, en est un bel exemple.

Qui parmi nous, enfant, n’a pas écouté, tout ému, l’histoire de cette jeune fille courageuse partie à la recherche de son petit frère, sans s’effrayer de la longueur de son voyage, des forêts impénétrables et de la méchante sorcière ? C’est peut-être la raison pourquoi Alionouchka est devenue une des peintures russes les plus reconnaissables et les plus populaires du XIX siècle. Le peintre l’a surprise au moment quand, épuisée après ses longues et vaines recherches, elle s’est assise pour un moment de repos. On dirait que toute la nature autour s’est immobilisée pour préserver le calme de ce bref instant. Impossible de rester sans émotions face à ce tableau qui reflète la tristesse et la lassitude de cette fille avec une sensibilité et une technique incroyable. Alionouchka est assise au bord de l’eau dans sa vieille robe, décoiffée, pieds nus, tout en pensant au sort de son frère Ivanouchka. Des hirondelles au-dessus de sa tête sont porteuses de l’espoir, symboles d’une fin heureuse pour cette triste histoire du frère et de la sœur. Le réalisme de la fille et de la nature autour donne impression qu’il suffit de faire un pas pour se retrouver à ses côtés, sentir l’odeur du lac et pouvoir engager une conversation avec elle. Ce n’est pas par hasard qu’on considère cette toile comme un des plus grands chefs-d’œuvre de l’École russe.

Viktor Mikhaïlovitch Vasnetsov (1848-1926) est peintre et architecte spécialisé dans les représentations historique et mythologique. Il naquit dans le village de Lopial dans la province de Viatka dans la famille d’un prêtre orthodoxe. Après avoir terminé ses études dans le petit séminaire de Viatka il entra dans le séminaire ecclésiastique dans la même ville. Avec la bénédiction de son père il abandonna le séminaire avant le début de sa dernière année, et partit pour Saint-Pétersbourg afin d’étudier à l’Académie impériale des beaux-arts. À 21 ans il commença à exposer ses tableaux, à l’Académie d’abord, à l’exposition des peintres ambulants (dits Peredvijniki) ensuite.

Alionouchka est une peinture où Vasnetsov sut visualiser avec sensibilité et entièreté magistrales la poésie lyrique du peuple russe. « J’avais l’idée de ce tableau dans ma tête depuis longtemps mais j’ai su la voir clair seulement quand un jour j’ai rencontré une jeune fille, tête nue, qui a frappé mon imagination », racontait l’artiste. « Il y avait du chagrin, de la solitude et une tristesse russe dans les yeux… C’est en quelque sorte ce génie russe qui émanait d’elle ».

Mikhaïl Vroubel
La Princesse cygne (1900)

Mikhaïl Aleksandrovitch Vroubel (1856-1910) est un des peintres russes les plus mystiques et romantiques.

Il commença son parcours artistique étant déjà un homme adulte et cultivé. Il remporta vite un succès, pourtant, il n’avait guère besoin de gloire. Ce qui l’intéressait, c’est le processus créatif, le moment de l’inspiration artistique. Vroubel fut parmi les tout premiers artistes russes à s’engager sur le chemin du symbolisme, il peut être considéré comme le père fondateur du style moderne russe. Il introduisit un nouveau type d’artiste dans la vie culturelle de la Russie, celui d’artiste universel. Vroubel dessinait des tableaux, de grands panneaux, peignait les murs des cathédrales et créait des vitraux, faisait des illustrations et des ex-libris, imaginait des décorations théâtrales, s’occupait des arts appliqués, de la sculpture et de l’architecture.

La princesse cygne est le fruit du travail du peintre sur les décors pour le spectacle musical inspiré par le Conte du tsar Saltan, poème d’Alexandre Pouchkine, dont la première eut lieu à l’opéra privé de Savva Mamontov, célèbre mécène. Vroubel fut engagé pour créer les décors et les esquisses des costumes, son épouse, la chanteuse Nadejda Zabela-Vroubel, chanta la partition de la princesse.

De tous les personnages c’est la princesse cygne, la mystérieuse femme-oiseau qui intéressa particulièrement l’artiste. Le chaud et le froid, l’eau et l’air, le clair et le sombre – ce dualisme naturel attira l’attention du peintre. Le caractère magique, les combinaisons d’éléments incompatibles devinrent ses messages principaux. Il sut capturer l’essence du moment magique, celui de la transformation. Regardez attentivement le visage de la princesse : ses grands yeux expressifs ont déjà des nuances aviaires, ses lèvres sont sur le point de se transformer en bec. La soie et les plumes des vêtements sont dessinés de main de maître. De nombreux poètes admiraient ce tableau, et les collègues du peintre l’étudiaient sérieusement pour comprendre le secret de la texture de nacre, des mouvements imperceptibles et du mélange des couleurs.

On dit que c’est l’épouse du peintre qui servit de modèle pour la princesse cygne. Ils se rencontrèrent pour la première fois à l’opéra. Les contemporains disaient que sa voix était « incomparable, très homogène, légère, douce comme une flûte et pleine de couleurs ». L’artiste, enchanté, vint derrière les coulisses. Ainsi commença une histoire d’amour, qui fut une des plus romantiques et tragiques dans l’art russe. Quinze ans plus tard, souffrant déjà d’une maladie mentale atroce, pendant des moments de lucidité, il écrivait à son épouse dans ses dernières lettres : « Ma belle, mon trésor, idol, mia farfalla, allodola ». Cependant, il est très probable que le visage de la princesse est en réalité un mélange de traits réels et mythiques, venu de la mémoire, de l’imaginaire et du talent du grand peintre russe.

Nicolas Roerich
Et nous n’avons pas peur (1922)

La conversation de deux moines, un ours inoffensif qui écoute attentivement des discours solennels de ces vieillards sereins. Cela nous rappelle un épisode bien connu de la vie de Saint Serge de Radonège qui dompta un ours pendant sa vie solitaire d’ascète dans la forêt. C’est l’idée de la grande parenté universelle, de l’unité primordiale de tous les êtres vivants. Des teintes délicates de rose remplissent le ciel du soir. Et même des ombres obscures à l’horizon n’interrompront pas la conversation paisible des moines. Le calme et le lien spirituel avec des Forces Supérieures peuvent protéger un homme pur d’esprit de tout mal, voilà ce que nous dit le philosophe et le mystique Roerich sur cette toile de sa série Sancta.

Pavel Bélikov, grand connaisseur de la vie et de l’œuvre de Roerich et son biographe écrivit : « Roerich recréée de main de maître sur ces tableaux la nature de sa patrie qu’il tient à cœur et l’architecture russe ancienne. Ils servent de fond pour les scènes de vie des moines-ascètes russes. Leur simple labeur, la pureté de leurs âmes sont rendus d’une manière si sincère que même maintenant, des dizaines d’années après leur création, ils ne cessent de provoquer des émotions chez le spectateur ».

Artiste, philosophe, voyageur, écrivain, Roerich laissa un patrimoine spirituel important. Au début du XXe siècle il donna une définition claire du concept de la culture et lança l’idée d’un traité international pour la protéger. Ce traité connu sous le nom de Pacte Roerich, servit de base pour la Convention du patrimoine mondial culturel et naturel de l’UNESCO. La culture selon Roerich réunit les plus grands achèvements du génie humain dans l’expérience religieuse, la science, l’art et l’éducation. C’est ce philosophe russe qui formula la différence principale entre la culture et la civilisation : tandis que la culture touche au monde spirituel de l’individu, exprimé dans ses actions créatives, la civilisation reste l’organisation extérieure de la vie humaine dans ces aspects matériels et civils. Si on assimile la civilisation à la culture, on risque de sous-évaluer le facteur humain dans le développement de l’humanité, soulignait Roerich. « Richesse seule n’est pas porteuse de la culture. Pourtant l’élargissement et l’aiguisement de l’activité mentale, le sens de la beauté, donnent le raffinement et la noblesse d’esprit qui sont propres à l’homme cultivé. Et c’est cet homme qui est capable de construire l’avenir pour son pays », écrivit Roerich en 1928.

LE MAGNUM

Anatoli Gankévitch
Gagarine (Dieu vous aide !) (2011)

Des expressions évoquant le bon Dieu, telle que « Dieu vous aide », ont depuis longtemps perdu des connotations religieuses dans le langage courant russe. C’est un simple souhait de bonne chance. Anatoli Gankévitch a fait un usage habile des techniques iconographiques traditionnelles et tout en jonglant adroitement avec les acceptions des mots de sa langue maternelle pour reconstituer des liens sémantiques rompus, a réalisé le portrait du premier cosmonaute. L’image de Gagarine est une icône représentant un saint. L’auréole autour de sa tête, son geste de bénédiction, les formes géométriques de ses vêtements, ce sont tous des symboles propres à la langue imagée des peintures religieuses. Le Gagarine de Gankévitch, c’est le premier homme qui a conquis l’espace, la légende de toute une génération, sorte de fétiche religieux, un héros mythologique supérieur.

Cette icône soviétique nous replonge dans l’esthétisme artistique des années trente du siècle passé. Imitation de mosaïque, pathétisme de Deïneka, visages heureux et souriants – le style de Gankévitch fait écho avec les mosaïques du métro de Moscou, les grands monuments utopiques de l’Exposition des réalisations de l’économie nationale de l’URSS et les affiches soviétiques. En jouant avec les styles et le temps, le peintre a élargi les limitations imposées par le sujet et a créé son propre monde artistique rempli de couleurs.

Anatoli Gankévitch est né à Odessa en 1965. Il a suivi les cours au Centre national d’art moderne à Moscou et a pris des leçons de peinture particulières. Il a débuté comme peintre en 1990. Il vit et travaille à Odessa et à Moscou.

Découvrez

LE MILLESIME 2015